Dans la Maison (bleue) des Himalayas, située à Kullu (Himachal Pradesh, Inde),découvrez l'actualité du projet Handimachal pour enfants handicapés.
Me voici rentrée à Paris depuis deux semaines déjà : j’ai eu la chance de pouvoir m’évader pour quelques jours pour rejoindre la vallée de Kullu : arbres en fleurs, tulipes sauvages, premiers festivals dans les villages, sommets enneigés à perte de vue… c’est toujours un grand moment de bonheur de pouvoir se retrouver dans cet environnement de montagne au début du printemps.
Basée à Manali pendant tout le séjour, je me suis rendue à plusieurs reprises à Kullu pour le suivi du projet Handimachal. J’ai retrouvé notre équipe au grand complet : Ajay, orthophoniste et responsable administratif de l’Unité Handimachal, Mayur notre kiné, Kirna devi (qui s’occupe des enfants, des courses, du ménage et –très important- de nous abreuver en thé tout au long de la journée !) et le jeune Ramneek, assistant administratif.
Une journée à l'Unité Handimachal
Si j’avais déjà fait la connaissance de Christelle Pettazzi (bénévole activités physiques adaptées) à Paris avant son départ tout début mars, j’ai pu enfin rencontrer physiquement Siobhan O’Connor, ergothérapeute bénévole arrivée d’Australie début janvier.
Réunions, discussions, échanges de vues et d’idées sur la manière dont nous pouvons faire évoluer le projet et renforcer la fréquentation des familles, ces quelques journées à Kullu ont été bien remplies. Comme tous les mois, un « camp de sensibilisation » a été organisé par l’équipe dans un petit village de la vallée et, même si le public n’était pas franchement à la hauteur de nos espérances, nous avons pu identifier cinq enfants nécessitant une prise en charge, à la fois en orthophonie, kinésithérapie et ergothérapie. Nous avons également reçu l’aide de Josette Massart, psychiatre, qui s’est investie plus particulièrement auprès des enfants de l’école Nav-Chetna pour enfants retardés mentaux, auprès desquels notre équipe s’investit également à tour de rôle. Merci Josette pour tes conseils et ton éclairage avisé.
Camp de sensibilisation à Nairaish
Alors que je dois établir un nouveau budget pour le nouvel exercice financier indien (du 1er avril au 31 mars), voici venue l’heure du bilan de cette année écoulée. Nous venons d’achever la troisième année d’existence de l’Unité Handimachal, qui avait commencé son activité début mars 2009. Même si la fréquentation de l’Unité par les familles d’enfants handicapés demeure (notamment en hiver) toujours un peu irrégulière et aléatoire, notre visibilité par la communauté locale s’est largement améliorée, tant auprès des familles, du secteur médical et éducatif que des autorités locales. Les services innovants proposés par l’équipe Handimachal sont maintenant reconnus et le bouche à oreille fonctionne de plus en plus.
Il faut avouer que les efforts de notre équipe ne sont pas épargnés et je suis sans cesse à l’affût du moindre relâchement dans l’activité de l’équipe, notamment indienne : participation pour la deuxième fois au grand festival de Dussehra en octobre, avec distribution de prospectus dans la foule (ce qui n’était pas vraiment naturel pour nos « docteurs » indiens !), participation aux épreuves sportives pour enfants handicapés, visites d’écoles, visites et soins à domicile toutes les semaines, relances téléphoniques des familles dont les enfants ne sont pas venus depuis un certain temps, etc. La tendance naturelle locale étant au conformisme et à la facilité, il est nécessaire de temps en temps de rappeler que les difficultés sont inhérentes au projet et qu’il n’est pas question de se reposer sur ses lauriers ni de dépendre de décisions extérieures…
Journée de soins à Manali, au sein de l'école Happy Heart School
et à l'école gouvernementale.
Notre Kiné Mayur étant en congés pour son mariage,
c'est un kiné remplaçant de Delhi qui assure les soins.
Sur les 185 enfants inscrits depuis le début de l’activité en 2009, 101 enfants ont fréquenté l’Unité Handimachal pour des séances de thérapie entre le 1er avril 2011 et le 31 mars 2012. Troubles autistiques et trisomiques, enfants IMC, retards mentaux, troubles auditifs et de la parole, dystrophie musculaire, handicaps moteurs, hémiplégies consécutives à des AVC chez des adolescents, enfants polyhandicapés… tout l’éventail du handicap est représenté. Le fait nouveau est que nous pouvons maintenant traiter des enfants de plus en plus jeunes, ce qui bien sûr augmente les chances de succès dans la thérapie.
Pour
l’instant, tous les soins, y compris à domicile, sont entièrement gratuits pour les familles, ce qui nous permet de conserver une relative liberté auprès des parents lorsque nous
insistons pour qu’ils amènent les enfants de manière plus régulière, tout en nous démarquant du secteur médical local, fortement commercialisé. Les parents du petit Kartik,
travailleurs népalais très modestes, n’auraient jamais pu financer des séances de kinésithérapie à 50 ou 100 Rs la séance et Kartik n’aurait jamais pu devenir le bel enfant que nous revoyons
encore régulièrement – et grande victoire, il va être maintenant scolarisé !
La gestion du projet avec notre partenaire indien, HPVHA, n’est pas chose facile, cette structure (plus fonctionnelle qu’opérationnelle) gérant de nombreux programmes menés par des ONG locales de son réseau. Le véhicule promis par le Ministre en octobre dernier n’est toujours pas arrivé et le parcours de tous les méandres administratifs qui aboutiront un jour à l’obtention de ce minibus est loin d’être clair…
La bonne nouvelle (quand même) est qu’HPVHA a obtenu, grâce au projet Handimachal, son enregistrement auprès du National Trust, l’organisme délégué par le gouvernement indien pour le financement des programmes dans le domaine du handicap. Reste maintenant à déposer un dossier de demande de fonds pour le financement du projet – et on m’a assuré que ces fonds pourraient être obtenus dans le courant de l’année 2012. Je ne me fais pas trop d’illusions sur le dénouement rapide du dossier – d’un autre côté, « en Inde, tout est possible » ! Le financement par le National Trust de notre programme, mis à part l’aspect financier, permettrait au projet Handimachal de s’inscrire dans une démarche nationale avec des normes de qualité qui sont à mon avis indispensables pour le développement du projet - mon objectif a toujours été de pouvoir passer progressivement le relais à une structure locale.
Autre bonne nouvelle : après le fiasco que nous avons vécu à l’embauche d’un ergothérapeute local en décembre, nous comptons enfin dans notre équipe une ergothérapeute indienne, Shruti More, originaire de Bombay. Shruti avait découvert l’Unité Handimachal lors d’un raid cycliste vers le Ladakh, au mois d’août, et nous étions depuis lors en contact en attendant qu’elle ait terminé son internat à Bombay. J’espère que cette jeune femme sportive et volontaire saura faire preuve de l’autonomie et de la force de caractère nécessaires pour faire bouger mentalités et barrières diverses…

Shruti More (à droite) et Sana pendant la prise en charge
à l'école Happy Heart School à Manali, le 12 avril 2012
Dominique, 15 avril 2012